Séminaires transversaux de l'École doctorale

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2021-2023


La conversation médiatique et médiatée, entre civilité et socialité.


Programme

Ce séminaire envisage de suivre une partie de la programmatique de G. Tarde, qui envisage « une histoire complète de la conversation chez tous les peuples et à tous les âges » (Tarde, 1901 : 7). Reprenant cette proposition, mais aussi une certaine conception maximaliste de cet auteur (puisque dans sa génétique, il appréhendait les échanges épistolaires comme l’un des maillons de l’histoire de celle-ci), est ici envisagée l’apparition de ce rapport social élémentaire. Mais si G. Tarde attribue la diversité des conversations à différents facteurs (nature des causeurs, degré de culture, situation sociale, origine, habitudes professionnelles, religion) et critères (sujets traités, ton, cérémonial, rapidité d’élocution, durée), il n’envisage pas les supports et canaux, qu’il neutralise au profit des dynamiques interactionnelles ; ainsi, l’échange téléphonique, utilitaire, ne constitue pas une conversation à ses yeux, alors que le journal est une conversation publique, « procédant (…) de la conversation privée » (Tarde, 1901 : 73). C’est sur ce point que nous divergeons de cet auteur, nous proposant d’aborder celle-ci sous diverses formes et en divers lieux (médias, littérature, cinéma, enseignement).

Des causeries policées sur les ondes radiophoniques aux échanges dans les réseaux sociaux numériques, l’objectif de ce séminaire est d’établir les enjeux de la conversation, de ses avatars et de ses représentations. Partant d’un descriptif, celui défini par l’analyse dite conversationnelle, il envisage d’augmenter l’empan et l’entour de celle-ci en questionnant la transposition des techniques langagières aux dispositifs de communication médiatique, aux textes littéraires ou philosophiques, au scénarisations filmiques ou vidéoludiques, questionnant les dimensions (micro)sociologiques et culturelles ainsi impliquées.

Forme primordiale de la sociabilité humaine (Heritage, 2008), la conversation permet d’esquisser les traits biographiques des personnages dans la littérature ou le cinéma. À la fois source et ressource, elle se présente dans les médias (interview, commentaire sportif dual, talk show) sous une forme dite artificielle, mais ressurgit sous sa forme naturelle au détour d’un oubli du cadre.

Scène fondamentale de la vie sociale (« the fundamental or primordial scene of social life » « a distinctive form of this primary constituent of social life ») (Schegloff, 1996 : 54), elle est centrée sur le contact, et porteuse d’une forte coloration consensuelle. En d’autres termes, la finalité de celle-ci est le maintien du tissu social.

Ainsi, du public au commun ou du public au privé, la conversation est l’opérateur, l’interface qui permet de passer d’un niveau à l’autre. G. Tarde renvoie à M. Gidding, dont il estime les perspectives particulièrement éclairantes. Glosant cet auteur, il avance que « quand deux hommes se rencontrent, la conversation qu’ils ont ensemble n’est qu’un complément de leurs regards réciproques par lesquels ils s’explorent et cherchent à savoir s’ils appartiennent à la même espèce sociale, au même groupe social » (Tarde, 1901 : 61). C’est également en ceci que ce séminaire compte explorer la conversation, en tant qu’elle permet de faire émerger les publics et les identités, comment la coprésence réelle ou virtuelle devient conversation et comment cette conversation, fait groupe, structure, et construit le groupe en public.

La configuration conversationnelle des échanges langagiers contribuerait également à une socialisation de la forme du discours médiatique, non seulement dans le but de créer les effets de familiarité, mais aussi afin de convoquer les logiques sociales à l’œuvre dans la réception du spectacle audiovisuel. Celui-ci produit une forme de parole captée, « une conversation ‹ naturelle › qui s’opposerait à la déclamation théâtrale » (Schaeffer, 1970 : 104-105), que P. Schaeffer recherche à travers les expériences du Studio d’Essai. Cette naturalité du lien conversationnel produit donc un lien de sociabilité faisant émerger, en raison de l’ordre de l’interaction, des attentes quant à la conduite de l’autre, un langage, un système de représentations, un ensemble de traces matérielles de la médiation. Le sens ainsi construit est celui du lien social que génère toute pratique spectatorielle, ce qui conduit O. Welles à faire de la télévision une conversation, i. e. une familiarité, perception que reprend A. Bazin (1951). En effet, les pratiques conversationnelles ne dépendent pas tant de caractéristiques sociales et psychologiques qu’elles ne sont un révélateur – J. Heritage (2008 : 303) parle de medium – de ces dernières dans une perception de la parole comme sociabilité.


Séance 1 Vendredi 14 janvier 2022    REPORT au VENDREDI 8 AVRIL 2022 en distanciel
Anne BURGUET (LERASS)   •   « Le contrat de communication : une approche psychosociale de la communication lors d'une conversation »

Séance 2 → Vendredi 18 février 2022
Nathalie SPANGHERO-GAILARD (LERASS)   •   « L'enseignant de langue étrangère / l'enseignant en langue étrangère : sur quoi porte les échanges avec les apprenants pour quels apprentissages ? »
 
Séance 3 → Vendredi 11 mars 2022
Laurence LEVENEUR (IDETCOM)   •   « Echange et conversation dans les jeux télévisés »

Séance 4 → Vendredi 22 avril 2022
Alexandra SIPPEL, Rachel ROGERS (CAS)   •   « L’évolution de la conversation didactique en Grande-Bretagne de 1600 à 1834. Instruire et forger l’opinion publique : religion, politique et économie »

Séance 5 → Vendredi 13 mai 2022
Laura BENOIT, Anastasia CASTELBOU, Jean-François TUFFIER (ICAS)   •   « Dispositifs culturels et conversations : le cas de Howards End et de ses adaptations à l’écran »

Bibliographie indicative

BAZIN André, « Vive la radio, à bas le huitième art. Le cinéma, la radio et le péché d’angélisme. Paradoxe d’un cinéaste sur la radio », Radio-Cinéma-Télévision, n° 58, 25 février 1951 (EC I, pp. .691-692).
HERITAGE, John, 2008, « Conversation analysis as social theory », The New Blackwell Companion to Social Theory, 300-320.
SCHAEFFER, Pierre, 1970, Machines à communiquer, Vol. 1, Paris: Seuil.
SCHEGLOFF, Emanuel A, 1996, « Turn organization. One intersection of grammar and interaction », Studies in Interactional Sociolinguistics, 13, 52-133.
TARDES, Gabriel, 1901, L’Opinion et la foule, édition électronique réalisée à partir du livre de Gabriel Tarde, Paris : Les Presses universitaires de France, 1989, 1re édition.

 

Pour une axiologie des arts et des lettres : valeur des oeuvres et discours des valeurs.


Programme

Toute thèse dans le domaine de la littérature ou des arts engage un effort pour comprendre et interpréter les œuvres au plus juste. Cela nécessite de convoquer différentes approches : historique (histoire littéraire, histoire des arts, histoire culturelle), esthétique et stylistique, herméneutique (suivant différents courants de la critique littéraire), idéologique, etc. Quoique l’exercice académique qu’est la thèse prétende à l’objectivité scientifique, il n’est pas exempt de tout jugement de valeur, qu’il convient d’expliciter. L’axiologie offre donc une autre entrée fructueuse dans les œuvres, à deux niveaux :

- L’appréciation qualitative des œuvres (autrement dit, leur valeur : comment la définir ?)
- Le contenu éthique des œuvres (autrement dit, les valeurs qu’elles véhiculent : quel rapport au monde expriment-elles ?)

Ce questionnement, qui permet d’interroger les œuvres dans leur complexité, connaît un regain d’actualité dans la réflexion critique de notre début de XXIe siècle (voir Bibliographie), peut-être en réaction ou en réponse à la crise du sens engendrée par l’effondrement des idéologies et le désenchantement du monde postmoderne. S’interroger sur la valeur des œuvres, c’est aussi se demander ce que peuvent les arts et la littérature.

Penser les œuvres par l’axiologie, c’est les considérer dans un jeu fécond de tension dialectique entre la forme et le contenu, l’absolu et le relativisme, l’actuel (contingent) et l’intemporel (universel), la norme et sa transgression, l’utilité et la gratuité. C’est se confronter aux fluctuations de l’histoire du goût et de la réception des œuvres (d’où la nécessité de repenser le canon). C’est comparer les arts, les genres, les sujets et interroger leurs possibles disparités (y a-t-il des arts « majeurs » ou « mineurs », de « grands » et « petits » genres, des sujets « sérieux » ou « légers » ?) Pourquoi la Phèdre de Racine l’a-t-elle emporté sur la Phèdre de Pradon (toutes deux écrites en 1677) ? Les héros des Vies minuscules narrées par Pierre Michon (1984) sont-ils moins importants que ceux de L’Iliade d’Homère ? L’intensité poétique d’un haïku de deux vers peut-elle rivaliser avec Les Contemplations de Victor Hugo ? Un best seller a-t-il une valeur autre que commerciale et médiatique ? Une œuvre d’art doit-elle être belle ? Quelle expérience éthique est déclenchée par des œuvres aussi dissemblables que La Joconde de Vinci, Le Radeau de la Méduse de Géricault, un ready-made de Duchamp ou un monochrome noir de Soulages ? Quels sont leurs prix respectifs sur le marché de l’art ? De quoi Bach est-il le nom ? La liste de questions pourrait encore s’allonger

Le présent séminaire aidera à identifier les niveaux d’analyse passibles d’une approche axiologique, dans une perspective pluridisciplinaire (littérature, arts, philosophie), diachronique (de l’Antiquité à aujourd’hui) et multiculturelle (littératures française et anglophone). Les enseignants-chercheurs impliqués exploreront le champ axiologique à partir de leurs domaines de spécialité ; ils développeront des études de cas et proposeront des repères historiques et conceptuels.

Séance 1 → Vendredi 11 mars 2022
Létitia MOUZE (ERRAPHIS, philosophie ancienne, philosophie et littérature  -  letitia.mouze@univ-tlse2.fr)   •   « Valeur politique et valeur poétique chez Platon »
URL fiche de présentation : https://erraphis.univ-tlse2.fr/accueil-erraphis/equipe/mouze-letitia
Il est bien connu que pour Platon la valeur d’un discours poétique dépend des valeurs morales qu’il véhicule. Il s’agira de montrer que, pour autant, la question de sa valeur esthétique n’est pas ignorée. En effet, le point de vue éthique et politique de Platon en matière de poésie, loin de reposer sur une méconnaissance du fait esthétique et de sa spécificité, repose au contraire sur une analyse précise de ce qu’est un discours poétique, de ce qu’est un mûthos. C’est cette poétique platonicienne, non thématisée dans les Dialogues comme telle, qu’il s’agira de dégager, pour montrer que la nature même du discours poétique fait de lui un discours qui ne peut être neutre axiologiquement, et implique qu’on le juge à l’aune de critères éthiques et politiques. Ces critères ne lui sont pas appliqués de l’extérieur, mais découlent de sa nature propre.

Séance 2 → Vendredi 18 mars 2022
Florence BOUCHET (PLH, littérature française du Moyen Âge  -  florence.bouchet@univ-tlse2.fr)   •   « Genèses et rémanences : le champ éthique de la littérature au Moyen Âge et le Moyen Âge comme révélateur de valeurs dans la littérature française des XXe-XXIe siècles. »
URL fiche de présentation : https://plh.univ-tlse2.fr/accueil-plh/annuaire/mme-florence-bouchet#/
La littérature médiévale n’est pas lettre morte, elle continue d’irriguer l’imaginaire moderne et contemporain. Dans un premier temps, un retour aux origines médiévales de la littérature en français permettra de comprendre comment celle-ci se légitime d’un point de vue éthique, selon quels critères s’élabore l’autorité des textes, quelle valeur fonde la fiction. Dans un second temps, il s’agira de montrer comment la référence médiévale, depuis la 2nde Guerre mondiale, permet à certains auteurs français d’interroger le sens d’un monde traumatisé dont les valeurs traditionnelles sont fragilisées voire annihilées par la guerre et la « mort de Dieu ».

Séance 3 → Vendredi 25 mars 2022
Frédéric SOUNAC (LLA-CRÉATIS, littérature générale et comparée - frederic.sounac@univ-tlse2.fr)   •   « Constitution historique et relais littéraires d’une « valeur-monstre » : le cas de Jean-Sébastien Bach. »
URL fiche de présentation : https://lla-creatis.univ-tlse2.fr/accueil/lequipe-daccueil/les-membres-permanents/sounac-frederic
On s’intéressera ici aux mécanismes ayant contribué, dès le début du XIXe siècle, à ériger Jean-Sébastien Bach en figure paternelle et suprême (Übervater) de la musique occidentale. Au prix d’une approche parfois caricaturale de son art, réduit à sa composante la plus « objective » et « mathématique », Bach s’est vu arraisonné par le nationalisme allemand, puis, plus généralement, par une série de positionnements antiromantiques et antilyriques, voire antidémocratiques et antihumanistes. Dans ce cadre, et en rappelant certaines notions-clé de la théorie des valeurs telle qu’elle est par exemple étudiée par Nathalie Heinich, on se penchera sur les différents visages de cette « valeur-monstre » : l’autorité de Bach (son imperium) s’exerce en effet, bien au-delà de la seule sphère musicale, sur l’ensemble de la culture, comme en témoignent bien des œuvres littéraires ou cinématographiques.

Séance 4 → Vendredi 1er avril 2022
Isabelle KELLER-PRIVAT (CAS, littérature britannique  -  isabelle.keller-privat@univ-tlse2.fr)   •   « Les valeurs de l’engagement littéraire chez les écrivains et poètes américains, britanniques et canadiens des années 1930-1945 »
URL fiche de présentation : https://cas.univ-tlse2.fr/accueil-cas/membres/isabelle-keller-privat
Il s’agira d’examiner, à travers les échanges littéraires qui ont nourri les œuvres de prose et de poésie de Henry Miller, de Lawrence Durrell, de David Gascoyne et d’Elizabeth Smart, comment ces auteurs ont dénoncé toutes les formes d’autoritarisme en s’inscrivant à contre-courant de l’idéologie des grandes figures du modernisme tardif. En fragilisant les conditions de réception de leurs œuvres ils ont remis en cause à la fois le canon littéraire, la hiérarchisation des œuvres, et une certaine vision manichéenne de l’engagement littéraire. En interrogeant la responsabilité éthique de l’écrivain ils ont développé une réflexion riche d’enseignements pour les lecteurs que nous sommes.


Bibliographie indicative
BOURGEOIS, Muriel, GUERRIER, Olivier, et VANOFLEN, Laurence. Littérature et morale 16e-18e siècle. De l’humaniste au philosophe, Paris, Armand Colin, 2001.

CALVINO, Italo. Pourquoi lire les classiques ? (1981), Paris, Gallimard, « Folio », 2018.

CANVAT, Karl, et LEGROS, Georges (dir.). Les valeurs dans/de la littérature, Presses universitaires de Namur, 2004, coll. « Diptyque ».

CHIRON, Pascale, et RADI, Lidia (dir.). Valeur des lettres à la Renaissance. Débats et réflexions sur la vertu de la littérature, Paris, Classiques Garnier, 2016.

CHOLLIER, Christine (dir.). Qu’est-ce qui fait la valeur des textes ? Presses universitaires de Reims, éPURe, 2011.

COMPAGNON, Antoine. Le démon de la théorie. Littérature et sens commun, chap. 7 : « La valeur », Paris, Seuil, 1998.

COMTE-SPONVILLE, André. Valeur et vérité. Études cyniques, Paris, PUF, 1994.

GENETTE, Gérard. L’œuvre de l’art, t. 2 : La relation esthétique, Paris, Seuil, 1997, « Poétique ».

HASKELL, Francis. La Norme et le Caprice. Redécouvertes en art (1976), Paris, Flammarion, 1986, rééd. « Champs ».

HEINICH, Nathalie. Des valeurs. Une approche sociologique, Paris, Gallimard, 2017, « Bibliothèque des histoires ».

JOUVE, Vincent. Poétique des valeurs, Paris, PUF, 2001.

— (dir.). La valeur littéraire en question, Paris, Éditions L’Improviste, 2010.

LAFARGE, Arlette. La Valeur littéraire. Figuration littéraire et usages sociaux des fictions, Paris, Fayard, 1983.

LANGER, Ulrich. Vertu du discours, discours de la vertu : Littérature et philosophie morale au XVIe siècle en France, Genève, Droz, 1999, « Cahiers d’Humanisme et de Renaissance ».

LORENZINI, Daniele, et Revel, Ariane (dir.). Le Travail de la littérature. Usages du littéraire en philosophie, Rennes, PUR, 2012, « Aesthetica ».

ORLÉAN, André. L’empire de la valeur. Refonder l’économie, Paris, Seuil, 2011.

RABATÉ, Dominique (dir.). L’art et la question de la valeur, Pessac, Presses universitaires de Bordeaux, 2007, « Modernités » n° 25 ; En ligne : https://books.openedition.org/pub/2516

SAINT-JACQUES, Denis (dir.). Que vaut la littérature ? Québec, Nota Bene, « Cahiers du CRELIQ », 2000.

STEINER, George. Réelles présences. Les arts du sens, Paris, Gallimard, 1990, rééd. « Folio ».

VAUGEOIS, Dominique (dir.). La Valeur, Revue des Sciences Humaines, n° 283-3, 2006.

VOISIN, Patrick (dir.). La valeur de l’œuvre littéraire, entre pôle artistique et pôle esthétique, Paris, Classiques Garnier, 2012.

2020-2022

 

Genres et sexualités dans la culture moderne et contemporaine (XIXe-XXIe siècles)

 
Programme

Il s’agit d’interroger, dans les discours, dans les œuvres et dans les pratiques, contemporaines ou de la modernité, les représentations du féminin et/ou du masculin, les places et les rôles des hommes et des femmes, leurs relations, ainsi que les troubles éventuels dans les partages «évidents»ou dans les différenciations traditionnelles ou instituées. Les chercheurs et chercheuses programmé.e.s travailleront en toute liberté sur ce thème à partir de leurs disciplines et de leurs corpus privilégiés, en articulant, comme ils et elles le souhaitent, approche poétique, esthétique, communicationnelle, philosophique, historique, etc., et lecture critique et politique. Ils et elles pourront, par exemple, au sein des productions culturelles (littérature, arts, médias, discours philosophiques) modernes et contemporaines, interroger les normes véhiculées, transgressées ou subverties, mettre en évidence les idéologies ou les politiques qui innervent les dispositifs, les formes et les représentations. Ils et elles pourront montrer en quoi les objets ou phénomènes étudiés reflètent, reconduisent, critiquent ou réinventent le genre, ou encore, à travers des approches intersectionnelles et queer, l’articulation entre le genre et les sexualités;il sera bien évidemment possible, au-delà de cette relation entre genre et sexualités, de décrire, d’interroger ou de critiquer d’autres catégories et binarités qui irriguent nos manières de penser et de sentir.


Séance 1 → Lundi 29 novembre 2021
Laura HARTWELL (LAIRDIL)   •   « La Cour suprême des États-Unis parle des sexualités »
Il s’agira d’examiner les arguments oraux de la Cour suprême des États-Unis lors de trois cas en lien avec les sexualités. Le premier est Loving v. Virginia (1967), qui traite de la criminalité d’un mariage entre un homme et une femme n’étant pas de la même « race ». Dans Gebser v. Lago Vista Independent School District (1998), il est question de la responsabilité ou non de l’administration d’une école suite à des actes sexuels commis par un enseignant avec une élève de quinze ans. Enfin, Oberfefell v. Hodges (2015) confirme l’ouverture du mariage aux personnes du même sexe. L’analyse discursive de ces arguments souligne les conceptions du corps, de l’autonomie et de la famille dans un cadre juridique.

Séance 2 Lundi 6 décembre 2021   REPORT à une date à préciser
Jacques LAJARRIGE (CREG)   •   « VALIE EXPORT : les pratiques d’espace d’un actionnisme féministe »
Comme d’autres artistes de sa génération qui se revendiquent du féminisme, l’Autrichienne VALIE EXPORT (née à Linz en 1940) s’est très tôt intéressée à la convergence imposée des déterminations biologiques et sociales, ainsi qu’au statut du corps féminin dans l’image et l’histoire de l’art, ou encore à ses représentations dans l’espace public. Pour elle, « l’actionnisme féministe vise à transformer l’objet d’une histoire naturelle masculine, la ‘femme’ dans sa matérialité, asservie et réduite à l’état d’esclave par son mâle démiurge, pour en faire une actrice et créatrice indépendante, sujet de sa propre histoire. » (VALIE EXPORT, « Aspects of Feminist Actionism », dans la revue New German Critique, N° 47, Printemps-Été 1989).
À partir d’exemples concrets, on resituera d’abord l’artiste dans le contexte de l’actionnisme viennois, puis on montrera, notamment au travers de modes particuliers d’appropriation mentale et matérielle de l’espace viennois, comment la question de la structure imitative du genre a été soulevée dans ses approches pluri- et intermédiales à travers des stratégies d’appropriation et de détournement des stéréotypes de la femme et une réflexion sur la reproduction/reproductibilité de ces clichés.

Séance 3 → Lundi 7 février 2022
Emeline JOUVE (CAS)   •   « Performing Violence : Genres, sexualités et violences sur la scène étatsunienne »
À partir d’un corpus de textes dramatiques étasuniens, nous aborderons le sujet de l’écriture de la violence liée aux discriminations fondées sur l’identité de genre ou les pratiques sexuelles. Il s’agira de proposer un panorama, non exhaustif, d’œuvres du début du XXe siècle à nos jours afin de considérer comment la scène américaine représente l’irreprésentable c’est-à-dire la brutalité (physique ou symbolique) dirigée envers cet Autre considéré.e comme méprisable par les aut.eur.rice.s des crimes. Notre exploration des modalités esthétiques mises en place par divers artistes pour rendre compte de la violence contre des « minorités » sera contextualisée. Ainsi, nous démontrerons comment les artistes (se revendiquant ou non comme activistes) mettent en scène les dénonciations portées par les mouvements féministes de la première puis seconde vague, puis par le Gay Liberation Movement et enfin le LGBTQ rights movement en considérant, respectivement, les thématiques de l’invisibilisation sociale, du viol, de l’homophobie et de la transphobie.

Séance 4 → Lundi 28 mars 2022
Antonella CAPRA (IL LABORATORIO) et Francesca Chiara GUGLIELMINO (ATER section Italien)   •   « Réécrire les mythes, réincarner les corps : les figures ancestrales féminines dans le théâtre contemporain italien »
La dramaturgie italienne contemporaine propose un nombre très important de textes qui se fondent sur la réécriture des mythes gréco-romains ; parmi ceux-là, les pièces qui mettent en scène les mythes féminins (Médée, Penthésilée, Antigone, Clytemnestre...) sont particulièrement intéressantes dans l'optique des études de genre. C'est en transposant à l'époque actuelle le destin de ces figures ancestrales et leur rapport à l'autre que les dramaturges sondent la condition de la femme, les rôles qui lui sont attribués et leur renversement.

 

Littérature de voyage


Programme
Longtemps considérée comme une sous ou para-littérature, constituée pour l’essentiel de journaux, récits brefs, comptes-rendus ou de correspondance, la littérature de voyage fait au contraire de nos jours l’objet d’une réflexion critique qui cherche à comprendre les mécanismes d’une écriture qui, si elle se fonde a priori d’abord sur une expérience, celle du voyage, ne s’affranchit néanmoins pas des éléments constitutifs de toute littérature : références littéraires, citations, volonté d’intéresser le lecteur, etc. Ainsi existe-t-il par exemple un Centre de Recherche sur la Littérature de Voyages (CRLV) par exemple à l’Université d’Aix-Marseille. Les éditeurs et les libraires aussi l’ont bien compris et proposent de nos jours une classification intéressante comme celle de «classiques de la littérature de voyage». L’objectif de ce séminaire sera de proposer aux doctorants une vision diachronique et pluriculturelle des formes de la littérature de voyage, pour en dégager les constantes qui en constituent le genre.

Séance 1 Mardi 23 novembre 2021   REPORT au MARDI 29 MARS 2022
Jean-Luc NARDONE (IL LABORATORIO)   •   « Guides de pèlerinage et récits de voyage aux XVIe et XVIIe siècles »

Séance 2Mardi 30 novembre 2021   REPORT au MARDI 5 AVRIL 2022
Philippe MAUPEU (PLH )   •   « Les voyages allégoriques aux XIII-XVe siècles »

Séance 3Mardi 7 décembre 2021   REPORT au MARDI 12 AVRIL 2022
Emilie CADEZ (CEIIBA)   •   « Voyageurs et écrivains au Texas au XVIIIe siècle »

Séance 4Mardi 14 décembre 2021   REPORT au MARDI 19 AVRIL 2022
Dirk WEISSMANN (CREG)   •   « Voyage et littérature : de Goethe à Elias Canetti. »